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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 16:00


 

La mouche est importune, si elle s’approche de nous d’un revers de main nous l’éloignons. Mais la mouche est têtue, elle s’envole et revient exactement au même endroit.


On aime qu’un papillon vienne se poser près de nous, mais la mouche n’est pas belle, elle est un peu répugnante mais moins que l’araignée.

 

La mouche est très présente en littérature :

La Fontaine «La mouche du coche»,

Pirandello «La mouche»,

Jean Paul Sartre «Les mouches»,

Katherine Mansfield «La mouche», nouvelle très cruelle...

 

Dans des films surtout de science fiction : «The fly» de David Cronenberg

 

Très souvent son rôle y est des plus noirs.

 

Et en peinture ?

 

J'envisage deux périodes : 

 

En Italie et aux Flandres du XVe au XVIIe siècle 

 

Il était courant de trouver des mouches dans les tableaux. Il semblerait que les peintres des Flandres aient fait cette «trouvaille», et furent suivis par les italiens.


Une mouche peut être peinte sur le genoux de la Vierge, sur un crâne, sur un cadre, à l’intérieur et à l’extérieur d’une scène.

Elle peut être aussi posée sur des fruits.

 La vierge et l'enfant - Carlo Crivelli Femme famille Hofer   Saint Jérome de Benaglio

 

Cartellino - Annonciation - Cima

 

Est ce une malice, un symbole  ?

 

Saint Jérome : l’insecte minuscule (je l'ai encadré) peut simplement signifier sa misère, sa solitude, la vanité des choses terrestres.


Portrait d'une femme de la famille Hofer : situation incongrue de la mouche, posée sur la coiffe. Peut être une allusion à l'éphémère de la vie.


La Vierge et l'enfant : ils la regardent. La mouche peut ici signifier la mort, elle serait alors associée aux choses périssables.


La cartellino : le peintre signe son tableau en dessinant une mouche et ainsi exprime son savoir faire.



En fait, je pense que la mouche était d'abord symbole puis est devenue malice.

On pourrait y voir un signe d'humour, une sorte de "copyright".



"...il suffit pour l'instant de souligner que cette conquête du détail se marque entre autres par le fait qu'un même détail - une mouche - peut avoir plusieurs sens dans un même tableau, et qu'il peut acquérir une histoire propre au cours de laquelle son sens peut demeurer aussi variable qu'incertain..."

Daniel Arasse - Le détail - Flammarion - Champs arts page 126

 

En France au XVIIIe siècle

 

C’est une toute autre lecture : la mouche est un autre nom du grain de beauté, voire un faux grain de beauté fait de mousseline noire et collé sur le visage.

Les mouches étaient utilisées pour faire ressortir la blancheur du teint.


Elles 
étaient l'emblème de la parure et leur position possédait une symbolique particulière qui précisait le tempérament et la personnalité de celles qui la portaient. 

 


Un extrait d’un texte du XVIIIe siècle :

«Il y a mouche et mouche dans cette bonbonnière en cristal...
Vous avez d’abord, entre autres mouches assassines,

la mouche passionnée ; elle se place au coin de l’oeil ; elle donne au regard la force du trait qui vole et qui frappe ;

la majestueuse, se risque au milieu du front, où elle règne, semblable à une fée, sur un trône d’ivoire ;

l’enjouée
, arrive au pli du rire, son berceau...

n’oubliez pas madame, de placer la galante au milieu de la joue où elle appelle le baiser ;

l’effrontée
au bout du nez, mouche narquoise, pareille à un défi ;

placez la coquette sur la lèvre supérieure supérieure, afin d’en marquer l’incarnat ;

l’assassine
enfin, pour une artiste excellente dans son art, sert à dissimuler la rougeur que laisse aux beaux visages l’empreinte légère de la dentelle.

Jules Janin - Les gaîtés champêtres - 1851


le dejeuner - F Boucher

Avec une mouche "passionnée" au coin de l'oeil

 


J'ai eu un plaisir fou à rédiger cet article ...   

 


 

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