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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 15:12

 

L’auteur, Joseph Czapski (1896-1992) est issu de l’aristocratie polonaise. Il était peintre. Il a vécu quelques années à Paris où il a lu en français  «A la recherche du temps perdu» de Marcel Proust. 

 

De 1939 à 1940, il est prisonnier par les Soviétiques et interné à Starobielsk avec quatre mille officiers polonais.

«Nous avons essayé de reprendre un certain travail intellectuel qui devait nous aider à surmonter notre abattement, notre angoisse, et défendre nos cerveaux de la rouille de l’inactivité. Quelques-uns de nous se mirent à faire des conférences militaires, historiques et littéraires.»

 

En 1940, il est déporté  à Griazowietz. Je ne parlerai pas ici de leurs conditions de vie, mais vous les imaginez certainement.

 

«Nous étions soixante-dix-neuf de Starobielsk. Tous nos autres camarades de Starobielsk disparurent sans trace.» 

Les «disparus» furent en fait massacrés à Katyn. 

 

 

«C’est ici  seulement que nous reçûmes, après de nombreuses instances, la permission officielle pour nos cours.»

 

De nombreux thèmes furent abordés : l’histoire du livre, de l’Angleterre, des migrations, de l’architecture, Mallarmé...

 

 

Le choix de Joseph Czapski est «la peinture française, et polonaise, ainsi que la littérature française»

Parmi les oeuvres de littérature, il prépare des conférences consacrées à Marcel Proust. 

 

«Je revois encore mes camarades....harassés après une journée de travail dans un froid qui montait jusqu'à 45 degrés, qui écoutaient nos conférences.»

 

Quel contraste avec la phrase suivante : 

 

«Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre surchauffée aux murs de liège, qui serait bien étonné...de savoir que...des prisonniers polonais...écoutaient avec un intérêt immense l’histoire de la duchesse de Guermantes, la mort de Bergotte...et tout ce dont je pouvais me souvenir de ce monde de découvertes et de beauté littéraire»

 

Il avait découvert «A la recherche du Temps perdu» en 1924 lors d’un séjour à Paris.

 

 

Simplement à partir de ses souvenirs, sans livres, il note et retranscrit directement en français. Il s’excuse dans une note bas de page «Je cite de mémoire, faussant peut être tout le texte...si je fausse les citations c’est exclusivement par impossibilité de les contrôler...»

 

Ce travail de «recherche» dans sa mémoire correspond tout à fait à celui de Marcel Proust dans «Le temps retrouvé» : 

«...le souvenir évoqué par le parfum de la madeleine s’élève, s’approfondit et prend peu à peu la forme de sa maison natale, de la vielle église gothique, de la campagne de son enfance, des visages de ses vieilles tantes, de la cuisinière Françoise, de Swann, habitué de la maison, et des visages adorés entre tous de sa mère et de sa grand-mère. cette impression minuscule à son début annonce toute l’oeuvre.»

 

Ce sont ces mêmes souvenirs qui créent le magnifique texte de Joseph Czapski, qui font comprendre l’écriture de Marcel Proust et qui donnent envie de le lire ou le relire.

 

Le titre du livre :

"Proust contre la déchéance" - conférences au camp de Griazowietz - Editions Noir sur blanc

 

 

Ci dessous une reproduction très émouvante du travail préparatoire de ces conférences.

En 1943-44, les cahiers retrouvés ont été dactylographiés.

 

Notes1
Notes2 

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