Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 14:58



J'aime qu'un livre (roman ou autre) me donne des envies de lire, de peindre, d'aller voir...


J'ai toujours eu beaucoup de mal à lire Julien Gracq.


Il a fallu un intermédiaire pour que je puisse enfin apprécier, puis aimer son écriture : Philippe le Guillou et deux de ses livres.

"Le déjeuner des bords de Loire" et "Le dernier veilleur de Bretagne".


Dernière ligne de la page 67 (édition folio) - Une phrase de Julien Gracq -

"Un pâle soleil, un soleil irréel s'est levé sur les crêtes des vagues..."

Premières lignes de la page 68
"Cette passion pour lui est née de là. D'une phrase qui ouvre des portes dont on ne soupçonnait pas l'existence, une force ravageuse qui tient de l'enchantement et du sacerdoce, une présence qui incendie et qui érode, la découverte d'une force qui creuse et s'enfonce, la soif d'avoir soif. Apprendre à lire suppose cette immersion dans la fournaise, cette initiation de l'ardeur et la calcination..." Philippe Le Guillou

 

J'ai été impressionnée par ces deux extraits, voire subjuguée.
Alors, je me suis plongée ou replongée dans la lecture des livres de Julien Gracq, en commençant par "En lisant et en écrivant"
(édition Corti). Dans ce livre il écrit en lisant et il lit en écrivant.


Dans cette édition, les pages ne sont pas massicotées. J'adore découper les pages, pas toutes les pages à la fois, une dizaine à chaque fois que je prends le livre avec un coupe papier en bois.


Julien Graq se promène et nous emmène avec lui chez les peintres et la peinture (Fra Angelico, Wermeer), chez les écrivains Stendhal - Balzac - Flaubert - Zola, Proust,la poésie, le roman...


Page 61 
"La lecture d'un roman (s'il en vaut la peine) n'est pas réanimation ou sublimation d'une expérience déjà plus ou moins vécue : elle est une expérience directe et inédite, au même titre qu'une rencontre, un voyage, une maladie ou un amour - mais à leur différence, une expérience non utilisable"


Page 76 " Comme elle est morne dans sa monotonie, la chute de phrase de Flaubert !


Page 81 " Ce qui concourt beaucoup à l'équilibre et à l'efficacité de Madame Bovary...c'est que tout ce qui touche de prêt à l'héroïne ...est tiré un moment peu ou prou du commun par le reflet d'un feu central intense, et constitue autour d'Emma...comme un anneau satellisé de faible éclairement, mais qui suffit à l'isoler des grotesques sans alliage que sont Homais.... 


Page 87 "Qu'est-ce qui nous parle dans un paysage ? Quand on a le goût surtout des vastes panoramas, il me semble que c'est d'abord l'étalement dans l'espace - imagé, apéritif - d'un "chemin de la vie" virtuel et variantable, que son étirement au long temps ne permet d'habitude  de se présenter que dans l'abstrait.... Tout grand paysage est une invitation à le posséder par la marche ; le genre d'enthousiasme qu'il communique est une ivresse du parcours"


Page 109 " La vérité est que la somme de décisions sans appel ; brutales ou subtiles, qu'implique toute première page, est à donner le vertige.

 

Page 200 "Qui se chargerait de conclure sur la pensée de Rimbaud, qui ne conclut jamais ? ...Cela s'est passé : un des mots-clés de Rimbaud...Comme si quelque chose en lui à un moment donné cessait, avait cessé de faire rage, inexplicablement

 

Page 302 " Mon siècle, dans le passé, c'est le dix-neuvième, commencé avec Chateaubriand, et prolongé jusqu'à Proust, qui vient l'achever un peu au-delà de ses frontières historiques, tout comme Wagner est venu lui-même achever le romantisme Off limits"

 

 

Que du bonheur de lire, de la première page à la 302e page.

 

Puis, j'ai lu  "Les eaux étroites", "Un balcon en forêt", "Le château d'Argol" avec toujours le  même plaisir.


 

 

 

 


Partager cet article

Repost0

commentaires