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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 10:00

 

Léon Tolstoï c'est La sonate à Kreutzer... puis Guerre et Paix, Anna Karénine, La mort d’ivanIIiitch...

 

Il était l'avant dernier enfant de Nicola IIiitch Tolstoï et de la comtesse Marie Volkonski. Il a perdu sa mère à deux ans et a été élevé dans le domaine de Yasnaya Polyana par une tante.

 

En septembre 1852, il fait paraître dans Sovremennik (Contemporain), une revue fondée par Pouchkine, son premier récit «Enfance» (sous le titre de Histoire de mon enfance).  

Deux extraits

 

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 Petrovskoë (extrait)


Enfance, heureuse enfance ! temps heureux, qui ne reviendra jamais ! Comment ne pas l’aimer, comment ne pas en caresser le souvenir ? Ce souvenir rafraîchit et relève mon âme ; il est pour moi la source des meilleures jouissances.

Je me rappelle que lorsque j’étais las de courir, je venais m’asseoir devant la table à thé dans mon petit fauteuil d’enfant, haut perché. Il était déjà tard, j’avais fini depuis longtemps ma tasse de lait sucré et mes yeux se fermaient de sommeil ; mais je ne bougeais pas ; je restais tranquille et j’écoutais. Comment ne pas écouter ? Maman cause avec une des personnes présentes, et le son de sa voix est si doux, si aimable ! À lui seul, il me dit tant de choses !...

Des rêves vagues, mais délicieux, emplissent mon imagination ; le bon sommeil de l’enfance ferme mes paupières, et, au bout d’un instant je suis endormi. Je sens sur moi, à travers mon sommeil, une main délicate ; je la reconnais au seul toucher et, tout en dormant, je la saisis et la presse bien fort sur mes lèvres....




 

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Dans le cabinet du salon(extrait)

Il commençait déjà à faire nuit quand nous rentrâmes de la chasse. Maman se mit au piano. Nous autres enfants nous allâmes chercher du papier, des crayons et des couleurs, et nous nous mîmes à dessiner sur la table ronde. Je n’avais que du bleu ; mais cela ne m’arrêta pas et j’entrepris de dessiner notre chasse de l’après-midi. J’eus bientôt fait un petit garçon bleu monté sur un cheval bleu et courant après des chiens bleus ; mais il me vint des scrupules pour le lièvre : pouvait-on faire un lièvre bleu ? Je courus le demander à papa, dans son cabinet :

« Papa, y a-t-il des lièvres bleus ? »

Papa lisait. Il me répondit sans lever la tête :

« Il y en a, mon ami, il y en a. »

De retour à la table, je fis un lièvre bleu ; après quoi, je jugeai indispensable de le changer en buisson. Le buisson me déplut aussi. J’en fis un arbre ; l’arbre devint une meule de foin ; la meule, un nuage, tant et si bien que tout mon papier fut bleu. Je le déchirai de colère et j’allai faire un somme dans le fauteuil voltaire.

Maman jouait le deuxième concerto de Field, son professeur. Je dormais à moitié, et du fond de ma mémoire montaient des souvenirs légers, lumineux, pour ainsi dire transparents. Elle commença la Sonate pathétique de Beethoven et il me vint des souvenirs tristes, pénibles et sombres. Maman jouait souvent ces deux morceaux : c’est pourquoi je me rappelle très bien l’effet qu’ils me produisaient. Cela ressemblait tout à fait à des souvenirs ; mais des souvenirs de quoi ? Il semble qu’on se rappelle des choses qui n’ont jamais été.

 

Maison de Tolstoï Yasnaya Polyana
Maison de Tolstoï à Yasnaya Polyana

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Published by La dilettantelle - dans J'ai vu - lu - entendu
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