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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 13:54

 

«Quand  je pense à Rimbaud, je rigole et c'est à mon tour de vous dire merde !, ô mes frères, les poètes, de Claudel à Aragon, vous qui avez si mal traité l'enfant de génie qu'était Arthur que vous avez fait un "cas" de sa personnalité et de son génie un "problème"...

Et la poésie, mes amis ? Elle se fiche de vous et Rimbaud s'est tu.»

De Claudel à Aragon, une, deux, trois générations de poètes ont sacqué Rimbaud...»

 

Blaise Cendrars - Sous le signe de François Villon

 

Arthur Rimbaud, c'est d'abord un enfant prodige qui pastiche avec génie les poètes latins, Victor Hugo...

C'est aussi un adolescent révolté, rebelle, épris d'absolu. Il dénonce la réalité avec violence et se jette avec passion dans la quête d'une autre vie. De cela, naît une nouvelle conception de la poésie.

 

Poésies (1868-1871)

 

 

Voyelles - 1871

 

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois bancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges ;
- O l'Oméga, rayon violet de ses Yeux 

 

 


 

Sensation - 1870

 

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l'herbe menue:

Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

 

Je ne parlerai pas, je ne penserai à rien:

Mais l'amour infini me montera dans l'âme,

Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la nature, - heureux comme avec une femme.

 

 

Ma bohème - 1870

 

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

 

 

pignon-4.jpg

Parcours Rimbaud, Fontaine Saint Michel Paris 1978
Ernest Pignon Ernest - collages

 

 

 


Le dormeur du val - 1870

 

C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

 

Un saison en enfer - 1873 

Verlaine dira à ce propos que c’est une «prodigieuse autobiographie»

Rimbaud2.jpg


Enfin, ô bonheur, ô raison, j’écartai du ciel l’azur, qui est du noir, et je vécus, étincelle d’or de la lumière nature . De joie, le prenais une expression bouffonne et égaré au possible :  

 

Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer mêlée
Au soleil.

Mon âme éternelle,
Observe ton voeu
Malgré la nuit seule
Et le jour en feu.

Donc tu te dégages

des humains suffrages,
Des communs élans!
Là tu te dégages
Tu voles selon...

Jamais l’espérance,
Pas d‘orietur.
Science et patience
Le supplice est sûr

Plus de lendemain,

Braise de satin,

Votre ardeur

Est le devoir.

Elle est retrouvée !
- Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée

Avec le soleil

Portrait de Rimbaud par Ernest Pignon Ernest en 1981.
Il inscrit en rouge la dernière strophe du poème. 


Illuminations - Départ - 1873-1875

Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie.  — Ô Rumeurs et Visions!
Départ dans l'affection et le bruit neufs!

Rimbaud
Parcours Rimbaud, quartier de Port-Royal, Paris 1978 
Ernest Prignon Ernest - Collage

 

Voir aussi  Extases - Ernest Pignon - Ernest - Prieuré de Saint-Cosme - Mercredi 14 août 2013

 

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Published by La dilettantelle - dans J'ai vu - lu - entendu
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