Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 14:44

Quelle expression moins appropriée, pour désigner la représentation d'objets usuels, de denrées alimentaires, d'animaux ou de fleurs, toutes choses qui ont à voir avec les sens, le plaisir, bref la vie même, que celle de « nature morte » forgée, semble-t-il, au milieu du XVIIIe siècle, à l'époque où, précisément, triomphe l'art d'un Chardin ? 

Mors Omnia Vincit
Withoos Matthias (1627-1703)

En 1667, pour définir le moins noble des sujets selon la hiérarchie académique des genres, le critique français André Félibien parle de « choses mortes et sans mouvement », désignant ainsi tant l'aspect des objets que leur état physique.

Vanité au buste
Cordua Joannes (1630-1702)

Cette notion d'absence de mouvement qui ne sous-entend pas nécessairement l'idée de mort, est essentielle : on la retrouve sous une forme un peu ambiguë chez Diderot (« nature inanimée »), mais il semble que ce soit aux Pays-Bas aux alentours de 1650 qu'elle ait vu le jour, avec une acception technique :

Nature morte aux fruits
Tamm Franz Werner von (1658-1724

Les peintres hollandais, dans leur langage d'atelier, parlent alors de still-leven, ce qui, littéralement, signifie « nature immobile » ou encore « nature posant comme un modèle » (et non explicitement « nature morte »). De là sont issus l'allemand Stilleben et l'anglais still-life, qui ajoutent à l'idée de pose celle de silence, également présente en France, au milieu du XVIIe siècle, dans l'expression « vie coye »

Vanité
Barthel (dit)

Alors, dira-t-on, pourquoi pareille dichotomie entre les pays nordiques et anglo-saxons, qui ont su conserver une terminologie quasi professionnelle, et le monde latin où s'est imposé peu à peu l'usage français, plus dramatique, et moins juste, donnant natura morta en italien (à la place du cose naturale du XVIe siècle, voire de natura in posa) et, plus rarement il est vrai, naturaleza muerta en espagnol (au lieu de termes spécialisés tels que floreros, fruteros ou bodegones) ?

Putto endormi sur un crâne ou Vanité
Miradori Luigi (vers 1600/1605-vers1655)

lIy a à cela au moins deux raisons possibles : le rang subalterne imposé en France au milieu du XVIIe siècle à la peinture d'objets par la doctrine académique – qui n'a pas vraiment d'équivalent .

Vanité : Amour endormi sur un crâne et un sablier
Kern Leonhard (1588-1662) (attribué à)
Paris

Partager cet article

Repost 0
Published by La dilettantelle - dans J'ai vu - lu - entendu
commenter cet article

commentaires